Une des « images-massues » employées contre les libéraux consiste à dire que le libéralisme, c’est « le renard libre dans le poulailler libre ». Autrement dit, que la liberté totale profite aux forts, au détriment des faibles. Cette image est fausse : le libéralisme prône la liberté d’agir tant que l’on ne porte pas atteinte aux droits des autres, notamment le droit de propriété. Ce renard n’aurait donc pas à rentrer dans un poulailler sur lequel il n’a aucun droit. La liberté n’est pas le droit de faire ce que l’on veut, puisque, les ressources étant limitées, cela conduirait nécessairement à exercer un droit au détriment des autres. Personne ne peut donc effectuer un quelconque échange avec un autre sans son consentement. Et, de la même manière, il ne peut attenter à ses jours. Plus généralement, l’exercice de la contrainte, non seulement privée, mais aussi celle exercée par l’Etat, est combattue par les libéraux.
D’ailleurs, ceux qui utilisent cette image du renard libre dans le poulailler libre oublient souvent un intervenant : le fermier. Lui garde les poules au chaud, il les nourrit, mais c’est pour mieux prendre leurs œufs, et les manger elles-mêmes, au final. Et les poules n’ont guère les moyens de se défendre contre cet échange forcé. Le parallèle est troublant avec un Etat qui, en échange d’une tranquillité apparente, prélève une bonne part de ce que chacun produit, et effectue un nouveau prélèvement sur ce qui reste au moment de la mort…
demanderait à être développée et pourrait servir de contre-argumentation notamment pour nos forma interne
a++ Alan de Bx
Et lEtat, le grand méchant loup/fermier ??? Sachez simplement, quun Etat est là pour garantir la vie, la protéger, redistribuer les richesses afin dassurer la vie de ses membres et la paix civile Ne criez pas au loup lorsquil sagit simplement de mieux vivre ensemble. Les pompiers, les écoles et universités, les hôpitaux, etc ceci cest lEtat. Doit-on faire de la santé, de léducation, de la protection, un droit pour les plus riches ?
Et au final, dans une démocratie, lEtat cest nous, et dans votre exemple le fermiers nexiste pas, ce sont les poulets eux-mêmes, qui sorganisent par leurs propres moyens.
Cordialement,
BG
Bonjour Baccelliguido,
Merci pour votre commentaire.
Je suis tout à fait d'accord avec vous sur l'importance de la solidarité pour mieux vivre ensemble. Sauf que je ne souhaite pas pour cela retirer par la force à certains ce qu'ils ont acquis. Je chercherais plutôt à les convaincre de donner volontairement.
Le droit de propriété appartient au découvreur, au créateur, à l'inventeur, ou à celui qui a reçu ce droit du propriétaire précédent. Contrairement à ce que vous laissez penser, pour les libéraux du moins, chacun est propriétaire, puisqu'il l'est toujours de son propre corps et de tout ce qu'il produit (qu'il peut échanger). Et comme vous le constatez dans cet exemple, les poules ont tout intérêt à ce que l’on garantisse le droit de propriété, si elles souhaitent s’organiser librement.
Pour le reste, l'association libre peut assurer les services que vous citez, avec de nombreux avantages tels que la souplesse, l'adaptation aux besoins, et, surtout, le respect de l'individu et la confiance en sa propre capacité d'initiative.
Sur la démocratie, vous avez probablement conscience du fait que ce n'est pas "nous" (qu'est-ce que cela pourrait bien vouloir dire ?) qui prenons les décisions, mais, au mieux, une majorité. La légitimité des décisions démocratiques n'est donc pas automatique, même si ce mode de décision peut être une solution raisonnable lorsque l'on ne parvient pas à répartir la responsabilité.
http://larevolutionpourquoipas.blogs.nouvelobs.com/
Cordialement,
BG
Bonjour Baccelliguido,
Voici le lien vers l’article en question : Comment ? (16- L’Etat).
Votre article, dans son ensemble, s’appuie sur cette affirmation : « L’Etat, dans un régime démocratique, c’est le pouvoir de tout le Peuple ». Comme je l’indiquais pourtant dans ma réponse précédente, la démocratie n’est pas, généralement, dans la pratique, le pouvoir de tout un peuple. La règle usuellement adoptée en démocratie pour prendre les décisions est la majorité (qu’elle soit simple, absolue ou qualifiée). Cette règle est certes utile pour pouvoir prendre des décisions lorsqu’il n’est pas possible de déterminer les responsabilités de chacun. Mais elle a pour conséquence que la décision prise devient celle de la majorité, et non de l’ensemble du peuple. Ainsi, certains devront exécuter une décision avec laquelle ils sont en désaccord, et ce même s’ils refusaient ce mode de délégation du pouvoir, puisque l’Etat contraint. La démocratie, c’est, au mieux, le pouvoir d’une majorité, qui peut être tyrannique.
Par ailleurs, vous définissez la liberté comme « le développement complet des facultés de chacun ». C’est assez original. Habituellement, la liberté, c’est le pouvoir d’agir suivant sa volonté. Pour les libéraux, elle s’accompagne nécessairement d’une limite : ne pas porter atteinte à autrui et à ce qui lui appartient sans son consentement en exerçant cette liberté. Votre définition ouvre quant à elle la porte au totalitarisme : si l’on vous force à aller au bout de vos facultés, contre votre volonté, vous serez, selon elle, libre. Cela autorise donc l’esclavage.
Le reste est moins fondamental. Je ne relèverai que quelques points.
Vous écrivez : « Demander la suppression de l’Etat, (…) c’est faire qu’il y ait toujours des exploiteurs et des exploités, des riches et des pauvres ».
Si l’on refuse qu’il y ait des riches et des pauvres, il n’y aura plus que des pauvres. En effet, pour supprimer les inégalités, il faut bien prendre aux uns pour donner aux autres. Quel intérêt y a-t-il alors à créer, puisqu’au final, on aura la même chose. Ainsi, en refusant les différences, on appauvrit tout le monde, puisque ceux qui étaient capables de créer plus que les autres renoncent à le faire. Cette stratégie est donc non seulement condamnable sur le principe (s’arroger le droit de répartir ce que d’autres ont produit) mais aussi inefficace en pratique.
Quant aux exploiteurs et exploités, il faudrait préciser les notions : suis-je exploité lorsque j’échange librement mon travail contre quelque chose qui a plus de valeur à mes yeux ? le suis-je lorsque l’on me prend autoritairement une portion de ce que j’ai obtenu dans cet échange ?
Enfin, vous souhaitez un Etat au service de ce que vous estimez être « la partie généreuse et vivante de l’humanité », contre sa « partie cadavéreuse ». Mais qui peut juger de manière si absolue ? Il est tellement courant que les bons des uns soient les mauvais des autres ; comment cela ne déboucherait-il pas sur une guerre civile (plus ou moins régulée) pour la conquête du pouvoir ? Alors que l’on pourrait voir les uns et les autres collaborer ou non, selon leurs convictions, si l’on renonçait à imposer sa propre loi à tous.
Lien cliquable : Le poulailler libre et le renard libre.
Les poules libres ne vivent pas dans un poulailler. Elles vivent au grand air. Elles nidifient dans des hautes herbes. Elles sont loin d'être aussi dodues que les poules d'élevage, mais c'est à elles et non pas à un dîneur que profitera la graisse et les muscles qu'elles accumuleront. Elles courent vite, sautent loin par dessus les obstacles pour échapper au renard; au besoin, elles donnent des coups de bec féroces pour se défendre ou protéger la fuite des leurs. Elles ne pondent pas quotidiennement et en vain pour le plaisir des prédateurs humains, mais à fin de reproduction seulement. Elles ne sont pas enfermées dans une clôture, mais libres de suivre leurs aspirations, et de traverser les routes sans avoir à en répondre à quiconque.
Non vraiment, l'abolition de l'État comme monopole de la force ne peut pas se comparer à laisser entrer le renard dans le poulailler; car dans une société de liberté, les individus ne sont pas des poules d'élevages soumises à un être supérieur (d'ailleurs, que ces êtres aspirant à nous diriger présentent leurs titres de supériorité!), mais des êtres indépendants, pouvant se défendre seuls ou en groupes volontairement formés, d'autant mieux qu'ils n'auront pas été réduit à l'état d'esclaves passifs. Les libéraux ne sont pas des pacifistes visant à abolir la force défensive. Les tolstoïens étaient de tels pacifistes; ils ont tous disparus dans la nuit glacée et rouge sang de la révolution bolchévique. Les libéraux revendiquent que les individus puissent s'armer et organiser leur propre défense. La métaphore animalière pour les agresseurs potentiels dans une société libérale sera alors plutôt celle du crocodile libre dans le fleuve des libres hippopotames - tenu en respect par la peau dure et les machoires puissantes des hippopotames, qui vivent paisiblement tant qu'ils ne sont pas attaqués. Fade
L'intégralité du texte, à la fois riche et pertinent, de ce commentaire est extrait de la page Sur le Libéralisme, de François-René Rideau, à la fin de la rubrique Mythes et Sophismes des Ennemis de la Liberté. Cette reproduction a reçu l’autorisation de l’auteur.