Jeudi 12 juillet 2007 4 12 /07 /2007 00:13

Le discours de Nicolas Sarkozy, à Cormeilles-en-Parisis, mardi 6 mars 2007, est une magnifique profession d’antilibéralisme. Ce n’est pas vraiment une nouveauté, mais c’est une synthèse intéressante. Au-delà de toute la rhétorique mettant en valeur l’Etat sous toutes ses formes, que je vous laisse découvrir dans le discours in extenso, j’ai sélectionnés quelques extraits particulièrement éloquents.

"L'Europe est la seule région du monde où les lois de la concurrence livrent les entreprises aux prédateurs du monde entier parce qu'elle les empêche de fusionner et parce qu'elle interdit aux Etats de les aider". "Même aux Etats-Unis, l'Etat a plus de marge de manœuvre pour intervenir dans l'économie que n'en ont les Etats en Europe."

Eh non Monsieur Sarkozy, les Etats-Unis ne mènent pas une politique libérale… loin s’en faut. Enfin, on peut contester l’interdiction des fusions. J’évoquerai peut-être la question dans un prochain article. En revanche, les « aides d’Etat » consistent à prendre l’argent aux contribuables pour l’attribuer à une entreprise qu’ils ne souhaitent pas soutenir.

A propos de son intervention au sujet du groupe Alstom : "J'ai dû me rendre à quatre reprises devant la Commission européenne. Elle aurait dû m'aider, pas me combattre".

La Commission européenne veille à ce qu’il n’y ait pas de concurrence déloyale entre les entreprises : il convient de penser aux entreprises concurrentes d’Alstom lorsqu’on décide de lui venir en aide. C’est pourquoi il était important, logique, et très positif que ces discussions entre la Commission Européenne et le ministre des Finances français qu’était alors Nicolas Sarkozy aient lieu. Il convient aussi de rappeler qu’il est parfois préférable de laisser une entreprise non concurrentielle disparaître pour que ses salariés et ses actionnaires puissent mieux utiliser leurs capacités. Même si c’est parfois difficile à court terme, c’est préférable, pour tous, à long terme.

"Je veux que la monnaie soit mise au service de l'emploi et de la croissance".

Lorsque les politiques se mêlent de monnaie, les conséquences sont négatives à long terme : tout se paye un jour… L’Union Européenne, à travers sa politique monétaire, a mis fin aux dévaluations à répétition des années 80. Et l’inflation, contre laquelle la Banque Centrale Européenne a pour mission de lutter, est un ennemi de la confiance dans l’économie. Depuis, Nicolas Sarkozy a affirmé ne pas vouloir revenir sur l’indépendance de la BCE , ni sur ses objectifs, mais renforcer le gouvernement économique de l’Union. C’est plus sage, même si cela reste discutable.

Le meilleur pour la fin, pour être sûr que vous ayez bien compris : "Je ne crois pas à la doctrine du laissez-faire." On ne peut pas plus antilibéral.

 

Différents points de son programme peuvent d’ailleurs être rappelés pour illustrer ce discours.

Concernant les services publics, le libéralisme permet l’émergence de services publics meilleurs, en permettant à chacun de choisir son prestataire. Nicolas Sarkozy, en proposant des ajustements à la marge, pour réduire les coûts, mais généralement sans remettre en question les monopoles, ne donnera pas plus de liberté. Ce qu'il propose n'est donc pas libéral.

Sur les réductions de charges, notons que ce qui est prélevé par l'Etat l'est toujours sur le fruit du travail. En d'autres termes, la valeur que l'entreprise attribue à votre travail, c'est votre salaire net + les charges salariales + les charges patronales. Tout cela représente ce que l'entreprise est prête à payer pour que vous travailliez pour elle. Les libéraux pensent que chacun devrait être libre de disposer du fruit de son travail dans son intégralité, et qu'il choisisse donc la façon dont il souhaite être couvert contre la maladie, le chômage, ou comment il souhaite préparer sa retraite. La démarche d'allègements ponctuels et sous conditions de Nicolas Sarkozy n'est donc pas libérale ; Alternative Libérale propose, par exemple, de permettre aux entreprises de verser le "salaire complet" à leurs salariés, toutes charges comprises.

Le libéralisme, ce n'est pas nécessairement la précarisation de l'emploi, comme la propose Nicolas Sarkozy par la création d'un contrat unique, précaire dans les premières années. Au contraire, les libéraux sont favorables à l'existence de différents contrats (chaque contrat est spécifique à une relation), adaptés aux différentes situations, des entreprises et des salariés. Des contrats flexibles sont parfois nécessaires, et dans ce cas, mieux vaut un contrat précaire que rien du tout. Mais je ne vois pas pourquoi supprimer le CDI dans sa forme actuelle, puisqu’il correspond à une attente. Laissons entreprises et salariés choisir.

Plus polémique, je dirais que les libéraux font, par leurs principes fondamentaux, confiance à l'individu, à toute personne humaine. Ils sont donc bien loin des thèses du déterminisme génétique (même si, bien sûr, les gènes ont une influence, ils n'expliquent pas tout), et respectent chaque homme et chaque femme, dans leur identité.

Vous l’aurez compris, il s’agissait d’un portrait « à charge » de l’anti-libéralisme de Nicolas Sarkozy. Je ne nie pas qu’il puisse apparaître comme libéral sur certains sujets. J’ai cependant tendance à penser que lorsqu’il lui arrive d’utiliser le libéralisme, c’est au service d’autres buts (suivant une démarche, logique, que je décris dans un autre article), plutôt qu’en suivant ses valeurs.

Par Matthieu - Publié dans : Hommes et femmes politiques - Communauté : Ouvrez-vous
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Commentaires

Sus la question des contrats, sarkozy est peut etre plus libéral qu'on ne le dit, remplacer cette foret de contrat par un contrat flexible me parait une bonne chose et plutot libéral.
Remplacer les anciens contrats par d'autres contrats d'un nouveau genre est tout aussi bordélique.
Il faut un contrat, oú l'on puisse mettre dedans ce qu'entreprises et embauchés auront négocié au préalable (durée, indemnisations, temps de travail, congés, droits, formation, type de poste, statut de l'employé...). Ainsi ce contrat multiforme s'adapte à toutes les relations de travail existantes, et donc pas besoin d'avoir un formulaire différent pour chaque situation comme on peut le trouver dans notre administration effrayante.
Commentaire n°1 posté par Tremendo le 12/07/2007 à 11h07
Oui, il reste à voir ce que sera, concrètement, ce contrat. Mais l'idée de « contrat unique dont les droits seraient acquis au fur et à mesure de l'ancienneté du salarié » (article du Figaro.fr) me fait imaginer un contrat figé, avec peu de place pour la négociation, et des règles précises qui s'imposent uniformément à tous. Cependant, le même article indique « qu'il n'empêcherait pas le maintien de certains contrats de mission ». Enfin, voici la formulation du « Contrat de législature 2007-2012 » de l’UMP (disponible sur Marianne2007.info), page 28 : « En concertation avec les partenaires sociaux, un nouveau contrat de travail, applicable à toute nouvelle embauche, sera créé : il sera plus souple pour les entreprises, grâce à des procédures de licenciement moins longues et surtout moins incertaines, plus gratifiant pour les salariés car il sera unique et nécessairement à durée indéterminée ». Je ne vois pas pourquoi, par exemple, interdire les CDD. Mais je comprends bien l’intérêt de supprimer les multiples formulaires ; si ce qui était proposé était une trame commune pour construire un contrat véritablement individuel, cela me conviendrait. Ce n’est pas l’impression que j’ai aujourd’hui. En tout cas, il n'est pas encore trop tard pour changer la direction prise : le débat public et la « concertation avec les partenaires sociaux » n’ont pas encore eu lieu.
Réponse de Matthieu le 18/07/2007 à 18h45
Je suis absolument pas contre un contrat à durée déterminée, mais je pense que si les procédures de licenciement étaient beaucoup moins pesantes, on verrait bcp moins de CDD. Bcp d'entreprises embauchent temporairement parce que c'est une sécurité contre les coûts de licenciement qu'entraineraient un CDI, donc si ces coûts n'existent plus, elles rechigneront moins à embaucher en CDI.

Mais bon, j'admets que certaines entreprises n'aient vraiment besoin que d'un travailleur temporaire pour une mission courte. Nous sommes libéraux, donc laissons-lui le choix d'embaucher pour un travail temporaire si elle le veut et si elle en a besoin.

Cependant, un contrat unique, dans ma tete, ne veut pas dire seulement un CDI, ca veut dire un contrat, il peut etre indéfini ou temporaire ou encore plein d'autres choses, il est ce que les entreprises et les salariés veulent. Donc oui à la proposition de Sarkozy au contrat unique , mais pas un contrat unique qui soit CDI obligatoirement.
Commentaire n°2 posté par Tremendo le 20/07/2007 à 16h26

Tout à fait d’accord avec l’idée que s’il était plus facile de licencier, il y aurait moins de CDD. Cependant, si certains sont demandeurs de la sécurité du CDI, et que les employeurs sont prêts à la garantir, aucun souci. La différence doit se faire à la marge, là où elle est jugée utile par ceux qui sont concernés.

Enfin, le cœur de la question, c’est ce que l’on met sous le vocable « contrat unique ». J’ai le même désir que toi d’un contrat souple et adaptable. Cependant, ce qui se dessine n’y ressemble pas (voir les références de ma précédente réponse). En l’état, je dirais donc plutôt « non à la proposition de contrat unique de Sarkozy » (alors que je dis oui à celle d’AL). Mais, comme je l’indiquais, j’attends de voir quelle sera la proposition concrète.

Réponse de Matthieu le 24/07/2007 à 15h51
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