Sécurité


Mercredi 8 août 2007 3 08 /08 /2007 10:21

Au cours d’un entretien avec Michel Onfray pour Philosophie magazine (paru dans le numéro 8 de mars 2007 ; un extrait est reproduit ici), Nicolas Sarkozy affirme qu’il « incline à penser que l'on naît pédophile ». Pour se justifier, il dit qu'il est « né hétérosexuel » (interview sur Libération.fr, le 12 avril 2007 ; dans cette interview, il prétend avoir dit qu’il y avait une part d’acquis et une part d’inné ; vous pourrez vérifier par vous-même que ce n’est en tout cas pas le cas dans ce qu’a reproduit Philosophie magazine, et qui n’a, à ma connaissance, pas été explicitement contesté). La formule est tranchée : elle s’applique à tous les pédophiles, et laisse entendre que l'environnement n'a aucune influence. Or il est clair que les préférences sexuelles ne sont pas uniquement déterminées par la génétique. Entre deux jumeaux monozygotes (« vrais jumeaux » : ayant le même patrimoine génétique), l’un peut être homosexuel et l’autre hétérosexuel, par exemple. Ce n’est pas parce que ce n’est pas un choix que c’est génétique.

La conception du « tout inné » présente des risques, puisqu’elle peut mener à des politiques de prévention obligatoire. Or, si le pédophile est celui qui est sexuellement attiré par les enfants, il ne passe pas forcément à l'acte. C'est là que réside sa responsabilité, son libre arbitre. Et le pédophile n'est pas condamnable s'il n'est pas passé à l'acte : on ne peut pas condamner quelqu'un pour ses désirs, pour ses pensées. Les passions peuvent être déterminées par la biologie, l'environnement. Mais c'est dans le libre arbitre que se situe la dignité de l'homme ; le nier, c'est lui retirer sa dignité.

Ce que je redoute, c'est une obligation de soin a priori. S'il sait contrôler ses pulsions, le pédophile doit être autorisé à vivre avec. Il doit aussi pouvoir choisir les moyens qu’il emploie s’il souhaite recourir à une assistance pour se contrôler. Il n’est évidemment pas question d’une politique de prévention obligatoire aujourd’hui ; mais cette idée se diffuse, et il convient de lutter contre elle avant que quelqu’un décide de l’appliquer. C'est pour moi une règle essentielle pour éviter d'abuser de la puissance publique que d'interdire toute restriction de liberté en l'absence d'acte portant atteinte aux droits d’autrui.

 

Par Matthieu - Publié dans : Sécurité - Communauté : Ouvrez-vous
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Lundi 21 mai 2007 1 21 /05 /2007 19:05

« Nous vous rappelons qu’il est interdit de fumer dans l’enceinte de la gare », « Nous vous rappelons que l’étiquetage des bagages est obligatoire », « Veuillez respecter les consignes de sécurité »… Bien sûr, c’est pour notre bien. Bien sûr, cela limite le risque d’accidents, de morts anticipées. Mais cela nuit aussi à notre liberté si l’on n’a pas la possibilité de ne pas respecter la règle proposée, si elle nous est imposée par une organisation monopolistique, qui utilise la contrainte plutôt que le contrat.

Combien de temps perdu dans les contrôles avant d’entrer dans l’avion, comparé au temps de vie gagné par ceux qui ont échappé, par ce moyen, à un détournement d’avion ou à un crash ? En d’autres termes, est-ce que ça en vaut la peine, au moins ?

D’ailleurs, ça gène qui si je ne mets pas ma ceinture de sécurité au volant ? J’ai conscience que c’est pour moi une précaution utile : je juge que cela vaut la peine. Mais si d’autres ont une opinion différente, en quoi gênent-ils les autres s’ils choisissent de prendre ce risque ?

Pour la cigarette, l’approche est différente. C’est un confort dont on prive les fumeurs. Mais laisser la liberté aux établissements d’être fumeurs ou non, quitte à ce que les salariés de ces établissements négocient alors des conditions de travail particulières, était-ce si difficile ? Aux citoyens de se prendre en main ! Certaines associations de lutte contre le tabagisme passif ont entrepris un travail de listage des établissements non fumeurs. Libre à chacun de les choisir : face au succès remporté, d’autres établissements auraient suivi. Pourquoi attendre du Gouvernement qu’il choisisse à notre place ?

Parce que le problème est bien là. La plupart du temps, sur chaque question soulevée, une majorité se dégage en faveur de l’interdiction. Et la minorité subit : les fumeurs n’ont qu’à aller fumer dehors – comme des pestiférés… Personnellement non fumeur, devrais-je rentrer dans le rang, puisque, dans la pratique, cela m’arrange ? Devrais-je applaudir cette mesure de santé publique ? Eh bien non, ce type de mesure me révolte. Parce que petit à petit, c’est notre liberté au quotidien qui diminue. A force de règlements, de lois, de décrets. Et un jour, on se retrouve dans la minorité, et on comprend. Pour que chacun reprenne sa vie en main, il faut qu’il cesse d’accepter que l’on fasse les choses à sa place. Chacun peut avoir une influence sur l’évolution de la société, par ses petits choix quotidiens. Il faut les faire en en ayant conscience !

Ma révolte naît aussi de la conviction que pour éviter d’en arriver au despotisme de la majorité, la démocratie doit prêter une attention toute particulière à ce que les droits des minorités soient respectés. C’est tellement facile de s’appuyer sur une écrasante majorité pour spolier les autres.

Plus globalement, et au-delà de l’exemple de la lutte contre le tabagisme passif, il faut bien se rendre compte qu’un certain nombre de mesures qui visent à assurer notre sécurité réduisent fortement notre liberté. A chaque fois, il est essentiel de bien se poser la question de l’équilibre entre les deux : suis-je prêt à abandonner cette part de liberté pour réduire ce risque ? Chacun aura sa réponse. Et c’est bien pour cela qu’il est toujours préférable, quand c’est possible, d’envisager des solutions alternatives, qui respectent les choix des minoritaires. En tout cas, efforçons-nous toujours de laisser des portes ouvertes : c’est par là qu’arriveront les solutions futures, qui offriront un meilleur rapport sécurité / perte de liberté.

Par Matthieu - Publié dans : Sécurité - Communauté : Le Club des Citoyens
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Lundi 14 mai 2007 1 14 /05 /2007 18:55

Dimanche 15 avril, gare de l'Est, en fin d'après-midi. Un groupe de jeunes filles et de jeunes gens, pas tous blancs de peau (vous verrez, c'est important), sont assis à la limite entre l'intérieur et l'extérieur de la gare. L'un d'eux allume une cigarette. Des policiers, passant par là, indiquent qu'il est interdit de fumer.

Jusque là, rien de vraiment "anormal". Quelques uns des amis en présence font alors remarquer qu'ils sont à la limite de la gare, que l'espace est aéré, et, en un mot, qu'ils ne comprennent pas cette interdiction. C'est normal, on est en France, on discute de tout.

L'argument tombe : « Vous savez que c'est 68 € d'amande ? ». Je crois que ce n'était pas le genre de justification attendu.
Bref, la tension monte, un des jeunes gens présents s'emporte un peu. Il emploie des termes mal choisis, du registre familier, mais reste poli : « c'est bon, pourquoi vous êtes agressifs tout de suite ? ».
C'est là qu’arrive ma première surprise : « Vous voulez nous suivre au poste ? ».
Réactions, normales à mon sens : « Vous allez quand même pas nous emmener au poste pour ça ? ».
Et là, stupéfaction : « Vous avez vos papiers ? »...

S'en suit une fouille au corps palpation de celui qui a le plus réagi, mains plaquées contre le mur. C'est clair qu'il avait tout d'un criminel - que dis-je ? - d'un terroriste en puissance. Il était donc bien nécessaire d'en passer par là...

J'ai hésité à intervenir, mais pour faire quoi ? Que pouvais-je face aux agents de l'ordre public ? Lâchement, j'ai regardé la scène, indigné. Puis je suis allé vers les quais : il ne s'agissait pas de rater le train. Je ne sais pas si, finalement, certains ont été emmenés au poste.

 

À ce moment, tout s'éclaire pour moi : police de quartier, fin des contrôles d'identité sans ordre spécifique, tout cela devient évident. On n'y pense pas quand on voit les choses de loin. Cela saute aux yeux si on regarde de plus près.

Des policiers qui viennent du lieu où ils travaillent, dans le cadre d’une police de quartier, comprendraient naturellement que cette façon de parler n'est pas une agression, que c'est juste l'habitude locale. Cela ne les empêchera pas de rappeler le respect qui lui est dû, mais sans perdre leur calme.

Quant aux contrôles d'identité, ils permettent sûrement d'arrêter quelques clandestins, mais est-on prêt, dans cet unique but, à donner l'impression à une partie de nos compatriotes, qui se fait contrôler parfois plusieurs fois par jour, qu'ils ne sont pas ici chez eux ? Je ne m'en rendais pas compte : je n'ai jamais été contrôlé. Pourquoi, à votre avis ? Sans compter, dans le cas dont j'ai été témoin, qu'il s'agissait plutôt, me semble-t-il, d'intimider que de contrôler.

 

C'est ainsi que j'ai interprété cette scène, qui m'a profondément choqué, ainsi que les amis avec qui j'étais. Peut-être avez-vous un autre point de vue sur de tels événements. Dans ce cas, évidemment, et comme sur tous les sujets, je serais heureux de vous lire et de pouvoir échanger avec vous.

Par Matthieu - Publié dans : Sécurité - Communauté : Le Club des Citoyens
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